Une fois n'est pas coutume, pour cette chronique je vais tenter de vous faire sortir des sentiers battus (et rebattus) du "Hip Hop". Il va falloir être fort car je vais vous présenter un livre qui dépasse le statut d'objet, on peut le lire comme la bio d'un monument du DJing ou même d'un mouvement musical...

Laurent Garnier – David Brun Lambert 
"Electrochoc"
Flammarion Octobre 2003
19 €  350 pages


Certains diront même un testament, celui de la musique techno, aujourd'hui plus que récupéré, alors qu'a l'instar du Rap, elle est elle aussi issue de la souffrance des hommes, car descendante de la soul et moyen d'expression choisi par une minorité Black de Détroit qui est persécutée par le Detroit Police Dept. C'est à travers la vie d'un Français que vous allez voyager dans le monde du Djing. En toute logique si vous lisez cette chronique jusqu'au bout, je vous le dis, vous courrez à la bibliothèque la plus proche et vous emprunterez "Electrochoc" la bio d'un artiste de référence, Laurent Garnier


De sa chambre d'enfant aménagée en discothèque à la salle mythique de l'Olympia. Il a consacré sa vie à la musique et au DJing en particulier avant de devenir compositeur et producteur. Il revendique haut et fort son amour du mix et son mépris pour le "busines" auquel se livre certains de ses collègues, les promoteurs véreux et les majors qui ne savent que faire du fric avec de la soupe servie sur les FM.

Laurent Garnier est grand, grand comme le sont tous ceux qui n'ont pas vendu leur âme pour paraître sous les feux de la rampe. Grand comme tous ceux qui se mettent en danger en prenant le risque, non calculer, d'explorer les "terra inconita" artistique (ou autre) sans se soucier des qu'en dira t'on ou de la mode. Il a participé à l'aventure "Nova" en compagnie de Cut Killer, Dee Nasty, Abdel etc…
Il était de toutes les "rave" partout en Europe.

Un petit extrait pour ceux d'entre vous qui doutent face au "Mp3" et autre robot du mix (CF Forum ici Lien vers le topic )

"C'est au Mud que j'ai pris mes premières amphètes, que j'ai dansé six heures sans m'arrêter, le corps parcouru de véritable rushs de bonheur. Je ne m'étais jamais autant arrêté sur la qualité de la programmation, jamais je n'avais à ce point compris l'importance du rôle du DJ, non plus considéré comme un simple juke-box mais comme un véritable révélateur.
A la fois homme de musique faisant corps avec les danseurs et chef d'orchestre donnant une direction. J'en appris d'avantage chaque vendredi, me nourrissant des audaces que j'entendais et de la générosité qui entourait tout disque proposé. Je réalisais que le DJ racontait une histoire, et que sa narration se passait de mots et de verbes pour puiser son sens dans le long déroulé du rythme et des mélodies entrelacés.
C'est là que j'ai compris la nécessité pour un DJ de drainer un public, d'établir avec lui un rapport de confiance.


Le désir de travailler dans un club je le portait en moi depuis l'enfance. Les centaines de disques que depuis toutes ces années j'avais cherchés, dénichés, écoutés, rangés, entassés dans ma chambre d'enfant puis dans celle de l'ambassade, les centaines de cassettes que j'avais enregistrées et offertes tendaient déjà vers ce but. Mais c'est au Mud que mes désirs prirent vraiment corps.
C'est la que je compris que je voulais jouer pour un public, voir les lumières napper les corps des danseurs, sentir quelque chose dans l'air changer lentement jusqu'au balancement complet, jusqu'à l'explosion de joie que seul la musique peut parvenir, sans heurts, à créer.
En 1986 j'ai démissionné de mon poste de valet de pied à l'ambassade de France à Londre"


Amoureux des disques vinyles, collectionneur invétéré (100 nouveaux disques par semaine en moyenne, ça calme) il est à l'opposé de ces DJ hyper spécialisés qui viennent pour un set d'une heure et qui se cassent une fois leur cachet perçu en méprisant une musique qui n'est pas "la leur".
Lui va sur la piste de danse (quand il ne prend pas sa "ravemobile" pour filer vers Manchester pour une autre nuit de folie).
Pour lui, c'est comme en amour, plus c'est long, plus c'est bon.
Il aime à emmener les danseurs au-delà de leurs certitudes, ils les travaillent aux corps des heures durant en les amadouant avec des classiques, puis une fois "ferrés" il lache ses armes secrètes.
Et voilà comment les gradés de la caserne où il faisait son service militaire furent les premiers à danser sur des disques de "House" made in Détroit super underground.



J'arrête ici cette chronique car ce livre est un chef d'œuvre.
Et je pourrai en parler des pages et des pages. Quand vous le lirez, remplacer "Techno" par "Hip Hop" et vous verrez comme la similitude est grande et comme ces musiques sont proches l'une de l'autre alors qu'a priori tout les oppose.
Si vous souhaiter un panorama complet des tendances "house" et un aperçu des talents du bonhomme je vous recommande les coffrets "excess luggage" (5 CD dispo chez F com shop).

Vinylement votre, Olive

Bonus: Tout au long du livre L G propose des play liste des disques qui l'on marqué à un moment donné.

Cette play liste est écoutable ici http://www.laurentgarnier.com/electrochoc/indexpop.php

Télécharger le chapitre 7 sur le site de LG. http://www.laurentgarnier.com/


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